C’est pour ces raisons-là que j’ai poussé la porte du 18 de la rue Catherine Ségurane. On m’avait parlé de ces séances de trance dance, et je voulais voir sur place de quoi il s’agissait.

Leonor ferme nos yeux pour les ouvrir

Texte : Alain Teulié - Photos : Jm Nobile



Si vous avez l’impression d’avoir tout fait, tout essayé. Si vous vous sentez inquiet, abattu, ou simplement en quête de nouveauté, essayez donc… la trance dance ! Voilà un slogan que pourrait utiliser Leonor Camacho, qui propose régulièrement à Nice de faire un vrai voyage en soi-même. Et si un voyage est difficile à faire, c’est bien celui-là !
 
Ce n’est pas forcément égocentrique de vouloir se promener en soi. S’il y a une personne qu’il faut connaître le mieux possible, c’est SOI-MÊME ! Nous devons être notre meilleur ami, notre complice. Tous les moyens sont bons pour renouer avec ce vieux copain, cette bonne copine qui fait le chemin avec nous depuis toujours et ne nous quittera pas.
 
C’est pour ces raisons-là que j’ai poussé la porte du 18 de la rue Catherine Ségurane. On m’avait parlé de ces séances de trance dance, et je voulais voir sur place de quoi il s’agissait. Et quand je dis voir... j’ai été surpris de découvrir que je devrais mettre un bandeau sur mes yeux ! Car pour voyager en soi, c’est au-dedans qu’il faut regarder.



 
La tenue est simple, un pantalon de jogging et un tee-shirt conviennent parfaitement. Il est aussi demandé d’apporter un foulard, un objet fétiche et une couverture. En arrivant, Leonor nous fait asseoir en cercle. De la sauge brûle dans une coupelle, sur un petit autel. Chacun de nous a apporté son objet symbolique, et l’a posé là. Le sourire bienveillant de notre coach et sa voix calme nous mettent lentement en confiance.
 
« La trance dance développe la conscience. Elle nous aide à grandir, à prendre des responsabilités dans nos vies. »
Leonor Camacho



Elle nous remercie d’être présents, et elle nous explique le déroulement de la séance. Leonor demande aux participants de se laisser aller. Elle veillera aux débordements d’enthousiasme, aux gestes inconsidérés, qui pourraient blesser nos camarades de trance.
 
Après cette mise au point de Leonor, chacun se lève, se met à bonne distance des autres, et nous faisons quelques exercices de respiration. Puis la musique vient. Les choix sont judicieux, car les morceaux électroniques s’enchaînent avec des musiques tribales, profondes, envoûtantes. Les basses résonnent dans notre corps, les voix s’immiscent dans notre esprit. Très vite, on oublie les autres, on oublie que nous sommes plus de dix à bouger ainsi dans cette salle. On ne se soucie pas de son apparence, ni des jugements.


 


« C’est toujours une expérience différente. C’est parfois dans l’émotion, parfois
dans l’énergie. Tous les sens sont en éveil... j’adore. »
Nadine, une participante
 
En dansant ainsi, pendant près d’une heure et demie, j’ai eu l’impression de retrouver un lieu connu, rassurant, unique, et dont nous vivons chaque jour séparés, à cause de nos soucis, de nos peurs, de nos préjugés. La musique baisse… Déjà ?

 
Leonor nous parle de nouveau. Elle nous demande de nous allonger cette fois, et de garder notre bandeau sur les yeux. Je sais que j’ai dansé longtemps, sans me contrôler, mais je ne ressens aucune fatigue, je ne suis pas même essoufflé. C’est alors que je sens la couverture me recouvrir, et c’est délicieux. Leonor passe près de chacun de nous pour prévenir ainsi le froid qui pourrait nous saisir après la transpiration. Nous respirons profondément. Nous abandonnons à regret les images qui sont venues, les souvenirs qui ont affleuré.



« Ce soir, je me suis vraiment relâchée.
Je viens chercher ici une nouvelle expérience, et c’est réussi. On sent les autres, on les frôle. C’est étrange et rassurant. »
Geneviève, une participante
 
Nous retirons alors nos bandeaux et nous nous asseyons de nouveau en cercle. Leonor nous distribue cette fois un gobelet de thé. La boisson chaude est délicieuse après le voyage. Puis chacun va remettre ses vêtements de ville, ses vêtements de vie. J’en profite pour questionner Leonor Camacho. « Je suis toujours très touchée de ce que je vois lors de ces séances, me dit-elle. De voir ces femmes et ces hommes lâcher prise avec tant de confiance, et se laisser aller à leur être profond, c’est très émouvant pour moi. »
 
Leonor, d’origine colombienne,a été longtemps graphiste, mais la danse est sa passion. Elle a commencé par la danse contemporaine. Elle a vécu à Londres, où elle a découvert d’autres manières de s’exprimer – la danse africaine, surtout –, et elle est arrivée à Nice en 2010. Aujourd’hui, en dehors des séances de trance dance, elle est professeur de zumba. « J’ai vite compris que la danse pouvait être une thérapie. La trance dance, c’est un outil qui sert à entrer en contact avec ton cœur et avec ton corps, une sorte de méditation en action. »



« La trance dance peut être un outil de guérison de nos blocages du passé. C’est l’opportunité de changer nos vies pour
en faire vraiment ce que nous souhaitons. »
Leonor Camacho
 
« Quand je dirige ces séances, je ne suis pas professeur, reprend Leonor, je suis facilitateur… je crée l’espace et la situation, et je veille au bon déroulement. La musique, répétitive, intense, fait le reste, et tu deviens ton propre guide. Tu te laisses aller à ton instinct. Les yeux bandés, c’est parce que nous faisons confiance à notre regard, à 90 %, pour comprendre et juger le monde... Alors, là, nous devons faire autrement, et les autres sens s’éveillent, soudain. »
 
Leonor Camacho propose à Nice ses séances de trance dance une fois par mois. Un bonheur par mois, c’est un bon rythme pour se sentir si bien ! « La trance dance t’aide à bouger vers ce que tu souhaites, dit-elle aussi. Elle te met en contact avec ta nature, ce que tu es, ce qui est bien pour toi. Elle te donne un moment de liberté et elle te remplit d’énergie. Elle t’aide à sentir et accomplir ce que tu souhaites... » Et Leonor conclut : « Quand je vois danser les gens, je me souviens pourquoi la vie est belle. »
J’adore cette phrase !